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L’agroécologie pour réconcilier les français et leur agriculture

05/03/2017

A l’occasion du Salon International de l’Agriculture, comme chaque année, les Français montrent qu’ils conservent un lien fort à leur agriculture. Ils s’inquiètent néanmoins pour leur santé et pour l’environnement et constatent, crise après crise que les agriculteurs ne s’en sortent plus. Comment maintenir cette activité économique clé pour notre pays et généraliser la production de denrées alimentaires de qualité respectueuse de l’environnement ? Un virage s’impose aujourd’hui.

L’agroécologie peut permettre d’écrire une nouvelle page de l’agriculture, celle de la réconciliation. Réconciliation au sens fort du terme : entre des acteurs de l’agroalimentaire en conflit permanent ; entre les agriculteurs et la société et, plus encore, des agriculteurs avec leur histoire, leur terre et leur métier.

L’agroécologie, c’est l’alliance de l’agronomie et de l’écologie. C’est une vision ambitieuse et globale. En effet, si les exploitations agroécologiques peuvent être très diverses, toutes visent des objectifs communs :

- une rentabilité basée davantage sur la valeur ajoutée que sur une production de masse,

- la sobriété et l’autonomie, en s’appuyant prioritairement sur les ressources propres de l’exploitation et en limitant la quantité d’intrants,

- le respect des équilibres naturels, en considérant la biodiversité comme un atout permettant de limiter la fertilisation et les traitements chimiques.

Pour réussir, il faut des acteurs de bonne foi, engagés, soutenus par des politiques publiques fortes, et sortir des conflits récurrents entre agriculteurs, industries agroalimentaires, fabricants de produits phytosanitaires, distributeurs et consommateurs. Chacun doit donc prendre sa part de responsabilités pour atteindre la triple performance environnementale, économique et sociale. Chacun doit aussi en conséquence pouvoir bénéficier équitablement et en toute transparence de la valeur créée par ce nouveau modèle : producteurs, transformateurs, distributeurs et consommateurs. Pour y parvenir, l’initiative doit d’abord revenir aux acteurs de l’agroalimentaire et aux distributeurs.

Ainsi, ces dernières années, plusieurs de ces acteurs se sont engagés. Le groupement des Mousquetaires avec son programme « filières durables 2025 », 12 filières agricoles supervisées par quatre conseils scientifiques et techniques regroupant l’ensemble des parties prenantes. McDonald’s France avec sa stratégie agroécologique, mise au point en 2008 après plus de 18 mois de concertation, pour ses cinq grandes filières agricoles. 80 fermes de référence ont testés pendant cinq ans plus de 70 nouvelles pratiques pour en sélectionner en 2015 une cinquantaine qui sont actuellement en cours de déploiement sur tout le territoire français. Mondelez / Lu sur la filière blé avec le programme Harmony lancé il y a 10 ans, là encore avec une charte co-construite qui définit 51 bonnes pratiques agricoles suivis par plus de 1700 agriculteurs en France, et couvrant plus de 75 % des volumes de biscuits vendus en Europe. Terrena avec le concept de « Nouvelle agriculture » né en 2008 sur les filières lapin, porc, poulet et farine, les légumes, la vigne, et les bovins sont en préparation. Plus de 11 000 coopérateurs sont engagés, et parmi eux 350 « sentinelles de la terre » qui innovent au quotidien au profit de tous. Les vignerons indépendants de France avec déjà plus de 2800 adhérents engagés, certifiés en agriculture biologique, ou au niveau de de la certification HVE dont ils ont été les précurseurs.

Cinq leçons peuvent être tirées de ces initiatives réussies, qui ont maintenant pour certaines plus de 10 ans. Elles ont toutes : 

- été conçues de façon concertée avec tous les acteurs des filières, et l’appui des acteurs de la recherche, instituts techniques, associations et ONG, 

- inscrit l’action dans un temps long de transformation, avec des plans de progrès sur 10 ans, 

-  recherché des solutions nouvelles –sociotechniques- qui satisfont à la fois aux contraintes économiques, sociales, et environnementales, 

- mis en place des accompagnements spécifiques tels que des formations, animations de groupes d’agriculteurs, et primes,

- revu les processus d’achat pour introduire une fidélité à long terme avec les acteurs intermédiaires, jusqu’aux agriculteurs, et un meilleur partage de la valeur ajoutée tout au long de la filière.

De nombreuses questions restent cependant à résoudre pour passer des actions réussies à grande échelle par des pionniers depuis 5 à 10 ans, à une refondation de toute l’agriculture française. Les expériences évoquées ici, apportent des débuts de réponse à trois d’entre elles, essentielles. Le financement de la recherche de solutions agro-écologiques innovantes, par un partage concerté, pluriannuel et transparent entre grande distribution, industries agro-alimentaires, industries de la protection des plantes, acteurs de la coopération et du négoce. L’application des savoir-faire naissants de l’économie circulaire aux filières agricoles pour trouver notamment des débouchés aux productions issues de la diversification des productions agricoles, en particulier les légumineuses, et l’utilisation des effluents d’élevage. Enfin, la valorisation des produits issus de l’agro-écologie auprès des consommateurs, pour que l’offre et la demande en produits de qualité augmentent dans une logique de cercle vertueux grâce à la montée en puissance du label Haute Valeur Environnementale, qui doit devenir le label qui portera la transition du modèle agricole français. Un label pour que manger reste un acte de plaisir, serein parce qu’il préserve notre santé, mais aussi la vitalité du monde rural, notre patrimoine naturel, le bien-être animal et qu’il rémunère justement nos agriculteurs.

Un nouveau contrat déjà expérimenté à une large échelle avec succès se dessine ainsi entre l’agriculture et la société. Un contrat qui, par son innovation agronomique et sa vertu environnementale, redonne un rôle central aux agriculteurs et aux éleveurs et permette aux exploitations agricoles de retrouver une dynamique économique positive, et d’attirer de nouveaux talents. Un contrat fondé sur l’agro-écologie et valorisé grâce à la Haute Valeur Environnementale.

Didier Livio, associé, responsable Deloitte Développement Durable Denez L'Hostis, président de France Nature Environnement (FNE)

 

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Deloitte Développement Durable et France Nature Environnement (FNE) ont noué un partenariat visant à partager les points de vue du premier acteur français et international de conseil en développement durable et de la première fédération environnementale française. L'agriculture compte tenu de son importance pour une alimentation humaine durable, pour la biodiversité, la qualité des sols, de l'air, des cours d'eau, etc a été le premier sujet sur lesquels les deux partenaires ont investi leurs expertises et leurs équipes. Le rapport L'agro-écologie : la performance est l'affaire de tous ! présenté à la presse à l'occasion du Salon de l'Agriculture fait le point sur les 5 grandes expériences réussies d'agro-écologie à grande échelle. Ces expériences et ce rapport montrent qu'il est possible aujourd'hui d'envisager au sein des filières agricoles une alliance de tous les partenaires, des agriculteurs aux grands groupes agro-alimentaires pour faire émerger une troisième voie agricole produisant des rendements satisfaisants, une très faible empreinte environnementale et un meilleur partage de la valeur ajoutée. Cette troisième voie agricole est complémentaire de l'agriculture biologique. Ce rapport et ces expériences apportent à la fois une espérance forte et une voie de changement pour tous.

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