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Interviews et portraits

Réalisés par Jean-François Colomer, Responsable de la Communication.

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Bernard Saugier, Président de l'Académie d'Agriculture pour l'année 2010

Homme de foi, de science et de culture, Bernard Saugier a suivi un parcours atypique à l’Université et dans la Recherche, passant des sciences physiques à l’écologie. Dans son Jura natal, imprégné par l’image de Pasteur, il découvre la physique nucléaire et la conquête de l’espace avec le Professeur Tournesol dans « Objectif Lune » de Hergé, et avec Albert Ducrocq, alors chroniqueur à Europe I. Il rêve de devenir chercheur. Ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure, agrégé de physique, il effectue un recentrage sur la biologie, conseillé par ses anciens Pierre Joliot, René Heller et Maxime Lamotte. Il atterrit au CNRS à Montpellier pour étudier les échanges d’énergie et de matière entre la végétation et l’atmosphère sur tournesol puis sur luzerne. Il part ensuite 3 ans à Saskatoon au Canada pour participer à un projet sur la prairie dans le cadre du Programme Biologique International qui a mobilisé plusieurs centaines de chercheurs de divers pays pour étudier la production de biomasse des différents biomes terrestres et les processus associés.
Abandonnant à regret le Canada ainsi que le soleil de Montpellier, il est nommé en 1978 professeur d’écologie végétale à la suite de Gorges Lemée à l’Université Paris-Sud à Orsay. Il enseigne et avec son équipe commence à travailler sur la forêt d’abord sur la production de biomasse de taillis de châtaigniers et de peupliers (à la suite des chocs pétroliers), puis sur l’effet d’une augmentation du CO2 atmosphérique, et sur des modèles de production végétale, de l’écosystème à la biosphère. Il participe au programme Environnement du CNRS et anime le comité écosystèmes et changements globaux pendant plusieurs années. Avec son équipe il est associé à plusieurs programmes européens concernant la biomasse et les changements globaux et plus récemment à la culture avec jachère longue sur les hautes terres andines. Ils ont aussi participé au programme BOREAS de la NASA sur la forêt boréale canadienne, associant des mesures au sol, par avion et par satellite.
En marchant avec son épouse sur les chemins de Saint Jacques de Compostelle, Bernard Saugier qui est aussi coureur à pied, musicien et chanteur dans une chorale à Limours, président d’une association « Foi et culture scientifique », n’est pas loin de penser que l’écologie est une science contemplative. Cela n’exclut pas la nécessité du débat sur les retombées de notre société industrielle et de consommation. Ainsi à propos de l’avenir du plateau de Saclay il souhaite voir émerger un projet commun entre les agriculteurs et les citadins au sein de l’association « Terre et Cité ». Pour lui, le rôle des membres de notre Académie est d’être des « veilleurs ». Il nous faut à la fois rationaliser, éclairer et faire réfléchir sur les enjeux du XXIème siècle, en particulier le rôle et l’évolution de l’agriculture sur le long terme. B. Saugier a conclu son discours de réception le 6 janvier 2010 en invitant l’Académie d’Agriculture de France à poursuivre et développer le dialogue avec la société civile, les institutions et les médias afin de repenser nos valeurs fondamentales, modérer notre consommation matérielle en privilégiant les relations humaines et… apprendre à bien vieillir.

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Jean Dunglas, Président de l'Académie d'Agriculture pour l'année 2009

Petit fils d’un exploitant forestier et agricole, né en 1933, Jean DUNGLAS rêvait d’être un jour astrophysicien, mais à l’issue de la dernière guerre, sur les conseils avisés de son père, il opte pour des études d’agronomie plus terre à terre et plus sûres en terme de débouchés. Au lieu d’avoir la tête dans les étoiles, ce qui reste son passe temps favori, il entre à l’Institut National Agronomique. Il complète cette formation par l’école du Génie rural puis l’Institut supérieur des matériaux et de la construction mécanique et enfin le diplôme de Doctorat d’ingénieur en mécanique des sols de l’Université de Paris.
Cette spécialisation le conduit à être mis à disposition de la Commission d’enquête administrative suite à l’effondrement du barrage de Malpasset. Cela marquera une grande partie de son activité professionnelle en tant que spécialiste des barrages et ouvrages hydrauliques d’abord à la CREGR, puis au CETGREF. Féru d’histoire, Jean Dunglas aime à rappeler l’importance des retenues (et lacs collinaires) afin d’éviter les graves inondations qui ont marqué le milieu du XIXème siècle en 1846,1856 et 1866 ce qui avait conduit Napoléon III à définir des zones provisoirement inondables en amont des grandes cités avec des indemnisations à la clé pour les agriculteurs (les plus) touchés. C’est aussi l’évolution des techniques qui a progressivement entraîné la construction des grands barrages d’aujourd’hui.
Jean Dunglas s’est aussi beaucoup investi dans la formation à l’ENGREF et à l’Ecole nationale du génie de l’eau et de l’environnement à Strasbourg ainsi qu’à l’Ecole spéciale des Travaux Publics, du bâtiment et de l’industrie (ESTP) sans oublier la gestion et l’édition régionale, pour l’Europe Ouest et Sud de la revue scientifique internationale « Water research ».
Très tôt récompensé par l’Académie d’Agriculture par des prix et médaille pour ses travaux sur l’hydraulique, il fait la connaissance des locaux de la rue de Bellechasse en passant un examen devant Robert Préault, le secrétaire perpétuel de l’époque. Mais c’est sur les conseils de Suzanne Mériaux et de M. Carlier qu’il pose en 1983 sa candidature comme correspondant puis en 2005 comme membre de la section 7. Une section dont les travaux l’intéressent vivement car, au-delà des problèmes d’eau, elle présente l’avantage d’être très ouverte et de permettre un regard sur l’activité de toutes les autres sections.
Dans son discours d’investiture le 7 janvier 2009, Jean Dunglas a estimé que l’Académie d’Agriculture se doit de répondre au défi alimentaire mondial au travers de propositions pour l’adaptation des agricultures française et européenne, mais sans mettre en danger la biodiversité. Elle doit aussi prendre en compte un autre défi, celui du changement climatique (des variations et aléas climatiques). Elle doit enfin être en pointe sur la recherche et l’innovation. Passionné par l’histoire des sciences et des découvertes il est persuadé que la science ne peut avancer que lorsqu’elle fait preuve de rigueur, mais avec une liberté suffisante d’expression surtout face aux paradigmes dominants et aux idées reçues. L’intégrité intellectuelle est, selon lui, un élément essentiel de la déontologie du chercheur. Jean Dunglas qui fait volontiers référence à DESCARTES souhaite tout mettre en œuvre pendant sa présidence pour que les travaux de l’Académie soient étiquetés comme label de référence en puisant aux meilleures sources et avec des débats de haute qualité scientifique et humaine.
 


 

Georges Touzet, Président de l'Académie d'Agriculture de France pour l'année 2008

 "L'Académie doit mieux valoriser ses savoir-faire, expériences et compétences"

Ingénieur agronome, ingénieur général des Eaux et Forêts, Directeur général honoraire de l’Office National des forêts, Georges Touzet a connu une carrière hétérodoxe, d’abord au Gabon dans la recherche technique et appliquée, puis dans des organismes de recherche de la sylviculture de l’hexagone, en particulier à l’Association Forêt cellulose (AFOCEL). C’est là qu’il s’est intéressé à la nutrition et à l’amélioration des arbres mais également au commerce des bois et à l’approvisionnement des usines de cellulose. Il a été nommé ensuite Directeur général de l’Office National des Forêts. Élu correspondant dans la section Bois et Forêts sur la proposition de Roger Blais il en est devenu membre titulaire en 1997, élu vice-Président en 2007 il vient de prendre la présidence de l’Académie début 2008. Il pratique le dessin, la peinture et surtout la sculpture en ronde bosse sur bois afin de continuer à « cultiver » sa passion pour la forêt.
Georges Touzet, en bon forestier, veut s’inscrire dans la continuité de ce qui a été entrepris à l’Académie. Il regrette toutefois qu’elle soit si mal connue et reconnue. En prenant le secrétariat de la section 2 il a découvert que les approches techniques et économiques des sujets abordés étaient beaucoup plus vivantes qu’il ne le pensait. Cela dit, cela ne doit pas, selon lui, nous empêcher de « donner un coup de plumeau sur certaines habitudes sclérosées de la vieille dame de la rue de Bellechasse ». Nous devons tout faire pour mieux valoriser nos savoirs faire, expériences et compétences et retrouver l’aura de notre compagnie, au même titre que les autres Académies il y 40 ou 50 ans. Pour cela il va nous falloir anticiper les sujets d’actualité, les étudier afin d’éclairer les discussions et les polémiques. Mais il nous faudra aussi le faire savoir en s’autosaissisant de ces questions, faire connaître nos positions. Cela suppose une approche complète des problèmes qui nous sont posés, s’il le faut avec des groupes transversaux comme cela a été le cas pour l’énergie ou les abeilles, afin de déboucher sur des avis clairs, motivés et parfois diversifiés. Georges Touzet a initié le projet de publier, comme le font d’autres académies, une lettre de 4 pages pour dire ce que nous faisons vis-à-vis de nos relais extérieurs mais aussi à l’intention des membres qui n’ont pas la possibilité d’être présents à nos séances et réunions de travail.
Transformer l’image de l’Académie va nous obliger à adopter des positions imaginatives, nourries, éclairées et compétentes sur tous les grands sujets qui préoccupent la société sera le fil conducteur de la présidence de Georges Touzet.


Interview de Jacques Risse, Président de l'Académie pour l'année 2007, par Jean-François Colomer, Responsable de la Communication

Trois questions à Jacques Risse, Président de l'Académie d'Agriculture de France :

Élu Président de l'Académie pour l'année 2007, Jacques Risse est membre de la Section 8 (Filières alimentaires), Maire d'une commune rurale de Corrèze, Vice Président du conseil d'administration de l'École Nationale Vétérinaire de Maisons-Alfort et Officier de la Légion d'Honneur.

Qu'avez vous fait avant d'être élu Président de l'Académie d'Agriculture ?

J'ai une formation de vétérinaire avec une spécialisation en élevage et alimentation animale que j'ai complétée par des études commerciales. Ma carrière professionnelle a débuté comme vétérinaire libéral pendant 5 années en Corrèze. Mais j'ai opté ensuite pour l'industrie, principalement dans les abattoirs et l'alimentation du bétail. J'ai également présidé de nombreuses structures professionnelles et interprofessionnelles en France et à l'échelon européen dans le secteur avicole. J'ai également fait partie du comité d'experts sur la réforme du droit alimentaire, du conseil supérieur de la spécialisation vétérinaire et du comité national des IGP. Jean-Pierre Soisson, ministre de l'Agriculture, m'a demandé de rejoindre son cabinet comme conseiller technique pour suivre les productions animales, la Corse et le PMU. Enfin j'ai écrit de nombreux ouvrages depuis un traité d'alimentation animale jusqu'aux "professions médicales en politique" en passant par une "histoire de l'élevage français", "les animaux ont la parole" et une biographie du "petit père Combes".

Comment est, selon vous perçue l'Académie et quel doit être son rôle ?

J'ai rencontré des gens de tous les horizons et je constate que l'Académie d'Agriculture est inconnue, voire méconnue, y compris dans nos milieux proches. Ceux qui ont entendu parler de notre compagnie ne savent pas très bien ce qui s'y passe et me demandent de mieux la valoriser. Notre Académie doit, soit qu'on le lui demande, soit qu'elle s'autosaisisse, prendre en compte tous les problèmes qui se posent à l'agriculture et au monde rural. Elle doit faire connaître ses avis, et cela dans un délai raisonnable. Nous ne devons pas hésiter à donner notre opinion et à formuler des recommandations sur toutes les questions importantes qui touchent à l'agriculture, l'alimentation et l'environnement. C'est la meilleure manière de mieux nous faire connaître et reconnaître. Je vais m'y employer, avec le Secrétaire Perpétuel, tout au long de cette année.

Quels sont les grands sujets que doit aborder l'Académie et sur lesquels doit-elle se positionner ?

Les sujets sont très ouverts: la question des OGM, la mondialisation, le réchauffement climatique, les riques alimentaires... Nous sommes tout à la fois confrontés à l'expression d'une "contestabilité" et d'une "acceptabilité" sociales. Aujourd'hui on ne présente pas les avancées scientifiques et technologiques de manière à ce quelles puissent être reconnues et adoptées par l'opinion publique. Sur les OGM, on n'a pas été assez transparent, on les a mal expliqués. Notre Académie aurait du se prononcer de manière claire et nette. Nous aurions pu alors nous positionner comme des précurseurs et montrer ainsi la voie aux différents interlocuteurs de la production, de la transformation, de la distribution et de la consommation.


Interview de Guy Paillotin, Secrétaire perpétuel de l’Académie, par Jean-François Colomer, Responsable de la Communication

" l'Académie doit contribuer au développement de la société "

Guy Paillotin, Secrétaire perpétuel de l'AAF, ancien Président de l'INRA et du Conseil d’administration de l’INA/PG est également l'auteur du rapport sur l'agriculture raisonnée à la demande du Ministre de l'Agriculture. Il exerce par ailleurs de nombreuses responsabilités notamment au Comité d'éthique et de précaution de l'Inra et comme Président du conseil d'administration de l'AFSSET.

Question : Où en est-on de la réflexion de l'Académie sur "Agriculture et développement durable"?
Réponse : Notre Académie doit intervenir sur les grands sujets de société. L'un d'entre eux est la durabilité du développement. L'agriculture est directement concernée par les négociations commerciales internationales, les OGM, la grippe aviaire, la vache folle et toutes les interrogations quotidiennes de la population, mais curieusement, elle n'arrive pas à être au centre des débats de société. L'AAF doit pouvoir dire le vrai sur toutes ces problématiques, ce que nous essayons de faire.

En matière de développement durable, nous avons d'abord essayé de comprendre de quoi il s'agissait et j'estime que nous ne sommes pas en retard sur cette réflexion afin d'aider à y voir clair dans ces trois dimensions, économique, environnementale et sociétale.
Il nous reste à réaliser une synthèse qui permette à d'autres acteurs de la société et au monde politique de réfléchir, voire de se l'approprier. Le processus a été lancé avec la participation des dix sections et un texte va être formalisé d'ici à la fin de 2006. Le grand avantage de notre Académie, c'est que nous pouvons aborder le développement durable sous tous les angles et qu'il n'y a guère d' autres endroits où l'on peut balayer aussi large de la biodiversité jusqu'à la biomasse, en passant par le souci d’équité face à la pauvreté.

Q : Pourquoi avoir choisi de consacrer une partie des travaux en 2006/2007 sur le thème "Aliment" ?
R : La vraie question est comment nous pouvons être utile à la société, l'éclairer sans être péremptoire et doctrinaire, donner la possibilité à l'individu de rêver et de se prendre en charge. La recherche, par essence, n'est pas triste. Il nous faut sortir des psychoses alimentaires autour de la vache folle, des pollutions diverses et autres maladies.

Ce qui préoccupe l'homme de la rue, ce qui le touche directement, c'est l'alimentation et la santé. c'est le point central de la vie de tous les jours des consommateurs et des citoyens. Nous nous devons d'investir cet univers en disant des choses vraies, de manière simple, conviviale et intelligible.

La société mesure en effet l'efficacité et la pertinence de l'agriculture dans ce qu'elle apporte quotidiennement dans l'assiette. C'est en partant de l'assiette et de la nourriture que l'on arrivera à convaincre le consommateur de s'intéresser de nouveau à l'agriculture et aux sciences du vivant. Sous forme de boutade, peut-être faudrait-il modifier la signature de l'AAF en inversant les mots clé en "Alimentation, Environnement, Agriculture".

Q : Quelle est votre ambition pour l'Académie?
R : Tous les jours sur les radios, les télévisions, dans les journaux la majorité des informations tournent autour des questions d'environnement, d'alimentation et d'agriculture, le tout dans une confusion extrême, avec un manque total de vision à moyen terme.

A l'Académie, nous avons beaucoup de personnes de bon sens, désintéressées, qui connaissent plein de choses. Nous devons mobiliser nos connaissances et notre intelligence pour aider au développement de la société et nous inscrire dans une société de communication. Cela n'exclut pas d'aborder des sujets plus fondamentaux tenant à l'agronomie ou à l'écologie, en relation avec d'autres Académies afin de stimuler la réflexion de nos membres et permettre aux chercheurs de dire ce qu'ils pensent.

Paris, le 28 février 2006


 


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