La compétitivité des entreprises agricoles en France : comprendre les enjeux
Constant Lecoeur, Académie d’agriculture de France
Après une forte actualité de l’Académie d’agriculture en mai sur ce sujet, avec une séance publique le 7 mai et une mini-série d’agrowebinaires ces trois dernières semaines, nous avons souhaité relayer le débat sur les différents enjeux de la compétitivité des entreprises agricoles qui ont été discutés dans la récente série des webinaires.
Qu’entendons-nous par compétitivité des exploitations agricoles ? Chaque année, le service central d’études statistiques du ministère chargé de l’agriculture dresse les comptes de l’agriculture pour indiquer l’état de santé du secteur. Les crises sporadiques du monde agricole interpellent les pouvoirs publics quelles qu’en soient les causes, aléas climatiques, chute ou excès de production, hausse des coûts des intrants, baisse des prix… pour prendre les facteurs essentiels. De quels coûts de production s’agit-il et avec quelle évolution ? In fine, quel revenu les ménages agricoles tirent de leur exploitation ? Comment comprendre ces sauts et soubresauts du revenu et les expliquer ? Qu’est-ce qu’être compétitif ? Comment l’exploitant agricole tire de son expérience et de celle des autres sa propre stratégie ?
Le revenu agricole : quand le chiffre d’affaires ne fait pas toujours la compétitivité
Laurent Piet et Vincent Chatellier (INRAE), dans un premier temps, ont permis, par leurs interventions, de mieux comprendre de quoi parlons-nous pour revenu et compétitivité. Compétitivité, c’est se comparer à d’autres résiliences avec différentes dimensions de la performance : économique, sociale et environnementale. Revenu agricole, de quoi parlons-nous, celui de la branche ou celui de l’entreprise ? Pour cette dernière, comment s’arbitre la répartition entre entreprise et ménage, entre maintenir le capital productif (investissement) et assurer la consommation du ménage (prélèvements privés) ? Les deux chercheurs font le choix d’un indicateur de la rémunération du travail potentielle : le revenu courant avant impôt (RCAI) soit le revenu disponible pour assurer les prélèvements privés et l’investissement autofinancé. Vincent Chatellier illustre ce RCAI/ unité de travail annuel non salariée selon les systèmes de production. Des comparaisons du RCAI/UTA non salarié sont ainsi possibles entre systèmes : céréalier très aléatoire (33500 €) contre celui des grandes cultures, le meilleur (59400 €) ou de la viticulture, le plus régulier (54600 €) ou encore de bovins viande moins aléatoire (21300 €). En conclusion, Vincent Chatellier montre le besoin d’être rigoureux dans les méthodes de traitement des revenus agricoles, leur non-dégradation dans le temps, les écarts importants entre productions et selon les régions, leur dépendance aux aides directes. Il convient cependant de ne pas nier la situation de concurrence mais aussi le développement de formes multi sociétaires que connaît la France.
Une diversité de situations à accompagner de manière différenciée
Un deuxième webinaire a permis d’exposer les résultats de différents systèmes de production suivis par des instituts techniques, avec Adèle Samson de l’ITAVI, Yannick Carel d’Arvalis et Franck Lavédrine de l’Institut de l’élevage. Chacun a exprimé la nécessité de s’appuyer sur des réseaux régionaux de ferme de référence pour une approche systémique, permettant de construire des cas-types pour identifier des leviers de compétitivité. En atelier d’élevage, le coût de la main d’œuvre se révèle important. Par exemple, par litre de lait, la robotisation de la traite permet de gagner en productivité mais surtout en pénibilité avec report de temps passé sur le suivi sanitaire et celui des autres intrants. De même pour le secteur céréalier, on observe une forte variabilité du RCAI/UTA non salariée. Grâce à l’observatoire mené avec CER France et Unigrains, il ressort une productivité du travail nécessaire supérieure à 1000 t/UTA, la recherche de la maîtrise des charges dont celle de la mécanisation. La robustesse du système adopté rend plus performant.
Penser l’avenir vers plus de collectif, de réduction des charges et de résilience face au changement climatique
Enfin, le dernier webinaire a permis un partage d’expériences pour la mise en place d’une stratégie d’entreprise, avec Jacques Mathé, économiste rural, et Christian Rousseau, exploitant agricole membre de l’Académie. De ces échanges, nous retenons le besoin d’une logique de projet avec une agriculture de plus en plus diversifiée mais aussi soumise à des contraintes aléatoires. Quelques clés sont à considérer : comment libérer du temps en s’associant ? Comment réduire ses coûts de production, en intrants comme en mécanisation ? Comment adopter des systèmes de cultures confortant la qualité des sols ? Comment développer la biomasse sur son sol ? Comment développer l’autonomie des exploitations en décarbonant les process avec quatre finalités, celles de la qualité du travail, de la production alimentaire, de la contribution à l’énergie et du management de l’environnement ? Chacun a montré le besoin de s’enrichir d’expériences et d’examiner les chemins du possible avant de prendre la décision ménageant l’avenir de l’entreprise et un choix de vie.
En conclusion, il est important de rappeler que face à la complexité de plus en plus grande des contextes économiques, sociaux et environnementaux, il reste impérieux que l’exploitation agricole soit compétitive. Comment considérer cette compétitivité dans les politiques publiques, dans les projets agricoles de territoires, dans les négociations commerciales, en France et à l’international… pour que l’avenir de l’agriculture en France s’inscrive dans les besoins de transformation des modèles agricoles actuels ? Souhaitons que les réflexions engagées sur la politique agricole commune post-2027 n’éludent pas ce débat à poursuivre.
Pour retrouver les vidéos replay de la mini-série Compétitivité des entreprises agricoles : ici
Pour retrouver la vidéo replay de la séance publique du 7 mai : Ici