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Graham FAICHNEY nommé dans The Order of Australia

Graham Faichney est né en Australie à Melbourne, le 30 septembre 1938. Entré à l’université en 1957, il obtint son Bachelor  of Agricultural Sciences (BAgrSc) en 1961 à Melbourne, son MAgrSc en 1963 à Sydney, et son PhD en 1968 à Melbourne. Il  complète sa formation par un stage post doctoral au Rowett Research Institut à Aberdeen (laboratoire du Dr Robin KAY) En 1982 il est nommé Docteur of Agricultural sciences (Docteur d’Etat en France), à l’ Université de Melbourne. Il a enfin effectué trois séjours à l’étranger, l’un à Cambridge (6mois en 1977) puis au centre de recherche de l’Inra sur les ruminants à Clermont-Ferrand en 1986 et 1991 (3 mois chacun) dans le laboratoire de la digestion que je dirigeais à l’époque
Graham Faichney a effectué l’essentiel de sa carrière (de 1968 à 1994) en qualité de chercheur au CSIRO (Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation) en Australie, où il a gravi tous les échelons de la hiérarchie pour terminer Chief Research Scientist, équivalent à directeur de recherche de 1ère classe à l’Inra. Une réorganisation sévère du CSIRO l’a conduit  de 1995 à 2006, date à laquelle il a fait valoir ses droits à la retraite, à occuper un poste de chercheur à l’Université de Sydney. Depuis 2006, il est chercheur bénévole dans une structure de recherche qui  dépend du zoo de Sydney.
Graham Faichney est le spécialiste australien de la physiologie digestive chez les ruminants (bovins et ovins) et  à un degré moindre chez  d’autres herbivores (marsupiaux, éléphants…). L’originalité de son travail tient dans le souci qu’il a eu de vouloir quantifier l’importance de la digestion dans les différents réservoirs  (rumen et gros intestin) à la fois  au niveau de la dégradation des aliments et des produits de cette digestion (acides organiques formés, protéines microbiennes synthétisées par la microflore intestinale et dans la dernière partie de sa carrière, production de gaz, notamment de méthane). Ce travail de quantification l’a conduit à se doter d’une méthodologie originale mais complexe à mettre au point, notamment pour mesurer la vitesse de  transit des particules alimentaires au cours de leur séjour dans le tube digestif, méthodologie qui a été largement utilisée dans le monde par la communauté scientifique travaillant sur la digestion chez les herbivores. Il a également apporté une contribution importante pour la modélisation des phénomènes digestifs et d’une façon  plus générale a fait autorité tout au long de sa carrière  dans le domaine de la nutrition des ruminants. Les résultats obtenus par Graham Faichney ont fait l’objet de plus de 130 publications scientifiques  qu’il a signées en premier auteur pour les ¾ d’entre elles. Il a en outre exercé de très nombreuses responsabilités dans les sociétés savantes australiennes et internationales (Nutrition Society of Australia, Australian Society of Animal Production, Membre du comité scientifique du 4ème et du 8ème Symposium international sur la physiologie des ruminants ; membre  du Comité III/8 de l’Union Internationale des Sciences de la Nutrition…)

J’ai rencontré Graham FAICHNEY pour la première fois en 1968 à l’occasion d’une visite que je faisais au Rowett Research Institute à Aberdeen (Scotland) où il effectuait un stage post doctoral. Nos thèmes de recherche étaient à la fois très voisins et complémentaires : nous travaillions  sur la physiologie digestive chez le ruminant, lui chez le  mouton adulte et moi chez le jeune ruminant (le veau non sevré). J’ai immédiatement compris l’intérêt commun qui pouvait résulter de ce premier contact pour le développement et l’avancement de nos recherches respectives. C’est la raison initiale qui nous a conduits à développer des liens réguliers depuis  plus de 50 ans.

L’éloignement géographique n’a pas été un obstacle au développement de notre longue collaboration pour différentes raisons :
• Nous avions les mêmes convictions concernant la nécessité du  développement de la recherche en physiologie digestive chez les herbivores domestiques, à une époque où, au niveau mondial, la production de lait, de viande et de laine destinée au consommateur était notoirement insuffisante.
• Les moyens de la recherche en Australie et en France étaient tout à fait complémentaires : si les moyens humains et les résultats obtenus étaient  supérieurs à l’époque considérée, dans les pays anglo-saxons et notamment en Australie, la France venait de mettre en place  un ambitieux plan de développement qui dotait la recherche agronomique (INRA) de moyens matériels et humains très importants.
• La tenue régulière, à intervalle de cinq ans, d’un symposium international regroupant la plupart des chercheurs travaillant sur la physiologie digestive et le métabolisme chez les ruminants, a joué un rôle important pour développer cette collaboration. Nous nous sommes rencontrés à l’occasion de cette manifestation en Grande Bretagne (Cambridge 1969), en Australie (Sydney 1974), en France (Clermont-Ferrand 1979, où je fus un des deux responsables de l’organisation de ce symposium, avec le Professeur Yves Ruckebusch), et au Canada (à Banff près de Calgary en 1984).
• Les deux séjours que le Dr Graham FAICHNEY effectua  au Centre de recherche de l’INRA sur les ruminants en France à Clermont-Ferrand en 1986 et 1991 (3 mois chacun) dans le laboratoire de la digestion que je dirigeais à l’époque. Ces rencontres ont toujours été facilitées par le caractère  francophile de Graham FAICHNEY et par sa pratique de la langue française tout à fait satisfaisante.

Au cours de ces différents contacts, une convergence de vue concernant nos travaux de recherche s’est développée et a perduré malgré l’éloignement géographique. Elle a donné lieu à des actions communes, à quelques publications et à une veille relationnelle permettant de mettre en place des services réciproques entre la recherche agronomique française et australienne : c’est ainsi que l’accueil d’étudiants français universitaires de l’Institut de Formation  que j’ai dirigé à Rennes pendant 15 ans, qui effectuaient des stages de longue durée en Australie, a été  dans certains cas largement facilité par l’action efficace de Graham FAICHNEY.
Enfin, notre collaboration s’est poursuivie au-delà de notre vie professionnelle active par l’élection de Graham FAICHNEY à l’Académie d’Agriculture de France, le 7 décembre 2011, en qualité de Membre étranger associé. J’ai été à l’origine de cette candidature car, d’une part, je voulais que la France lui adresse cette preuve de reconnaissance, et d’autre part, je considérais que cette nomination pouvait renforcer les liens de nos deux pays dans les domaines scientifiques  qui nous concernaient. La visite que Graham  FAICHNEY a faite à l’Académie d’Agriculture de France, au mois de mai 2018 à Paris, a permis de confirmer que ces liens étaient réels et qu’ils pouvaient être à la source de nouvelles collaborations. Sa participation au groupe de Travail « International » présidé par notre confrère Michel THIBIER  le prouve également.
Les grandes qualités de Graham FAICHNEY ont certainement joué un rôle de tout premier plan, dans ces 50 années d’échanges et de collaborations.  Je citerai d’abord sa culture scientifique remarquablement importante, toujours orientée vers l’application des résultats de la recherche pour une amélioration des productions agricoles, grâce à sa très bonne connaissance des réalités du terrain. J’ai toujours beaucoup apprécié sa grande rigueur  intellectuelle qui lui a permis d’obtenir des résultats incontestés. Et s’il fallait justifier les conditions d’obtention de ces résultats, Graham FAICHNEY savait être un débatteur juste, intransigeant et convaincant, avec un enthousiasme et une force de persuasion  peu commune, toujours justifiée et respectée
Enfin, les qualités humaines de Graham FAICHNEY ont été un atout incontestable dans la brillante carrière qu’il a effectuée. Doté d’un tempérament discret, d’une sensibilité, d’une capacité d’écoute et de compréhension  peu communes à l’égard de ses interlocuteurs, Graham FAICHNEY a su mobiliser ces  atouts tant au plan professionnel que personnel pour réaliser une œuvre qui mérite largement d’être reconnue.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                               Pierre THIVEND

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