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Elles et Ils nous écrivent

Isabelle Bianquis, Banques Alimentaires

Bonjour, Je vous adresse les fiches de deux postes de responsables bénévoles à pourvoir au sein du service "ressources alimentaires" de la Fédération Française des Banques Alimentaires (FFBA). Si vous pouviez les diffuser auprès des membres de l'académie d'agriculture nous vous en serions reconnaissants.

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FICHE : CHARGE DES RELATIONS AVEC LE MONDE AGRICOLE

NOS VALEURS

• La solidarité : nous collectons gratuitement des denrées pour en faire bénéficier 2 millions de personnes en difficulté.

• La lutte contre le gaspillage alimentaire : parmi les 110 000 tonnes de denrées récoltées, 68 000 sont sauvées de la destruction

• L’inclusion sociale : avec nos 5500 partenaires, notamment associatifs, nous menons des actions d’accompagnement des bénéficiaires. Nous recrutons également des personnes éloignées de l’emploi

• Le don et le partage : notre réseau repose sur plus de 6000 bénévoles permanents, qui exercent leur activité avec d’autres collaborateurs, en particulier des salariés

VOTRE MISSION

Rattaché au service des Ressources alimentaires, au sein de la Fédération Française des Banques Alimentaires, le chargé de mission a en charge :

- les relations avec le monde agricole, pour favoriser les dons en fruits et légumes, de la part de tous les acteurs de la filière agricole (groupements de producteurs, coopératives, organismes de conditionnement…)

- les relations avec les industriels de la première transformation des matières premières agricoles, et la recherche de partenariats nouveaux pour le sucre, la farine, les œufs, les fruits et certains produits transformés (flocons de pommes de terre, semoule…)

- les relations avec des organismes de la branche : FNSEA, Jeunes agriculteurs, SOLAAL

- les relations avec les 79 Banques alimentaires du réseau, dans son domaine de compétence.

DISPONIBILITE

- Une présence de 2 jours par semaine à La Fédération est souhaitable (à GENTILLY. Accès par le RER B ou le Tram)

- Etre joignable facilement par téléphone

PROFIL RECHERCHE

- Connaissance de la filière agricole et des organismes qui la composent

- Bonne pratique de la négociation et des relations commerciales de bon niveau

- Bonnes capacités d’organisation dans des structures complexes

- Autonomie, rigueur.

Contact : denis.peronnet@banquealimentaire.org ou 01 49 08 04 70

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FICHE Chargé (e) de mission, responsable des relations avec les industries agro-alimentaires

Nos valeurs :

• La solidarité : nous collectons gratuitement des denrées pour en faire bénéficier 2 millions de personnes en difficultés.

• La lutte contre le gaspillage alimentaire : parmi les 106 000 tonnes de denrées récoltées, 68 000 tonnes sont sauvées de la destruction.

• L'inclusion sociale : avec nos 5 400 partenaires, notamment associatifs, nous menons des actions d'accompagnement des bénéficiaires. Nous recrutons également des personnes éloignées de l'emploi.

• Le don et le partage : notre réseau repose sur plus de 6 000 bénévoles permanents, qui exercent leur activité avec d'autres collaborateurs, notamment des salariés.

Votre mission:

Au sein du service des ressources alimentaires, le (la) chargé (e) de mission est responsable des relations avec principalement les industriels de l’alimentaire pour développer les actions permettant de satisfaire au mieux les besoins alimentaires des personnes démunies.

Il a en charge :

-la prospection de nouveaux donateurs industriels et d’autres acteurs de la filière alimentaire

-le maintien de contacts réguliers avec les industriels donateurs

-la mise en place de contrats de partenariat,

-les opérations partagées ou de marketing solidaire.

Il (elle) suit également certaines GMS pour développer des partenariats efficaces avec les filières et ou les GMS.

Il (elle) participe à des réunions avec les Banques Alimentaires en province ou à Paris.

Disponibilités

Une présence de 2 jours par semaine à La Fédération est souhaitable (à GENTILLY. Accès par le RER B ou le Tram).

Possibilité de travailler partiellement de chez soi.

Profil recherché :

Bonne capacité de travailler en équipe en prenant en considération que l'ensemble des bénévoles de la FFBA sont rarement présents en même temps.

Esprit ouvert, autonome

Sens du relationnel, sens du dialogue.

Retraité (e) ayant eu des activités en étroite relation avec l’industrie agro-alimentaire et bénéficiant si possible d’un réseau (responsable commercial, achat en GMS, direction...).

Contact : denis.peronnet@banquealimentaire.org ou 01 49 08 04 70

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Pour compléter l'information sur nos activités, je vous joins également notre rapport d'activités 2017 (pour le consulter, télécharger le fichier PDF, ci-dessous).

A noter que les Banques Alimentaires constituent le 1er réseau d'aide alimentaire en France et que la FFBA travaille régulièrement avec les institutions en charge des sujets tels que l'alimentation ou le gaspillage alimentaire.

Restant à votre disposition pour tout renseignement complémentaire,

Cordialement,

Isabelle Bianquis Responsable Jeunesse et Enseignement Fédération Française des Banques Alimentaires

Alain Boissy, Directeur de recherche INRA, Directeur du Centre National de Référence pour le Bien-Etre Animal

Monsieur le Secrétaire perpétuel,

Dans un "Point de vue d'Académiciens sur..." publié sur le site de l’Académie d’Agriculture de France et approuvé par les membres de la section Productions animales de ladite Académie, quatre académiciens font part de leur défiance vis-à-vis des synthèses scientifiques produites récemment par des collectifs d’experts de l’INRA et de l’ANSES concernant la conscience et le bien-être des animaux .

Ils s’interrogent en particulier sur l’introduction de « nouvelles notions (état mental, attentes) empruntées au vocabulaire qualifiant jusqu’ici l’humain ». Ils posent alors une série de questions, dont « Si l’on se limite aux animaux d’élevage, que signifie réellement la notion d’ ‘état… positif’ ? », « Peut-on caractériser objectivement un état mental et physique positif chez les espèces élevées ? », « Que signifie l’adjectif ‘positif’ ? », « Que signifie la restriction finale du concept de bien-être à la dimension mentale ? ». Dans le même temps, ils s’interrogent sur l’utilisation du vocabulaire emprunté à la psychologie humaine et en particulier sur la notion « d’attente » telle qu’elle est définie dans les synthèses de l’INRA et de l’ANSES comme un processus mental généré par l’anticipation d’un évènement, auquel l’animal va se référer pour évaluer la pertinence de la situation vécue.

Ayant contribué aux deux synthèses susnommées, je me permets au travers de ce courrier de tenter d’apporter des éléments de réponse à ces nombreuses questions en prenant appui sur la littérature scientifique. Ces publications dans des revues scientifiques reconnues par la communauté scientifique, rapportent des expériences qui ont été conçues selon les standards scientifiques pour tester des hypothèses réfutables formulées a priori. Les outils de mesure sont ceux classiquement utilisés par les chercheurs travaillant principalement en éthologie. Les références à ces expériences pourront être retrouvées dans les deux synthèses de l’ANSES et de l’INRA. Depuis plus d’une vingtaine d’années, les émotions tiennent une place prépondérante dans la définition du bien-être des animaux. Par exemple, Fraser et Duncan (1998) définissent le bien-être d’un animal comme le résultat de l’absence d’émotions négatives prolongées, telles que la peur, la douleur ou la frustration, et de la recherche d’émotions positives, telles que la joie ou le plaisir. Définir les animaux non humains comme des êtres sensibles, c’est effectivement accepter qu’ils puissent ressentir des émotions. Comme le souligne Duncan (2002), le bien-être d’un animal correspond à son expérience émotionnelle et non aux simples besoins primaires adaptatifs, ceux-ci n’étant qu’à la base de son expérience émotionnelle.

Néanmoins, comme en témoigne l’avis publié par l’Académie d’Agriculture de France, l’existence d’une communauté subjective entre l’homme et les autres animaux n’est pas toujours acceptée et l’utilisation à l’égard des animaux d’un vocabulaire habituellement employé pour désigner des états affectifs chez les humains inquiète étant donné le risque de raccourci anthropomorphique. Pendant longtemps, pour assurer une relative objectivité, l’éthologie s’est limitée à des approches réductionnistes dans lesquelles l’animal est généralement extrait de son monde sensoriel et affectif, et son comportement est défini comme un ensemble de réactions plus ou moins conditionnées. Ces approches consistaient à mesurer presqu’exclusivement l’intensité des réactions comportementales et physiologiques de l’animal pour estimer sa réactivité. Elle n’a jamais permis d’établir une relation claire entre une situation supposée engendrer une émotion, les réactions de l’animal et la nature de son expérience émotionnelle. Pour les mêmes raisons, l’évaluation du bien-être des animaux s’est longtemps limitée à la mesure d’indicateurs neuroendocriniens et/ou comportementaux de stress sans chercher à relier ces indicateurs à l’existence même d'états affectifs (Dawkins, 2001 ; Dantzer, 2002). Pourtant, les relations privilégiées avec les animaux, comme celles que les éleveurs développent avec leurs animaux, laissent entrevoir que l’animal ne fait pas que réagir à son environnement immédiat et que sa sensibilité ne se limite pas uniquement à des sensations physiologiques (i.e. la composante sensorielle de la sensibilité), mais qu’il est capable de percevoir, de ressentir et d’attribuer une valeur affective à son environnement (i.e. la composante émotionnelle de la sensibilité). Avec l’essor récent des neurosciences affectives et de la psychobiologie comparée, de nouvelles approches du comportement animal se sont développées pour explorer la composante émotionnelle de la sensibilité des animaux. Appliquées aux animaux de ferme, ces nouvelles approches ne visent qu’à faciliter le dialogue sur des bases scientifiques entre des parties prenantes qui défendent des intérêts trop souvent perçus comme étant divergents. Il est en effet indispensable d’associer des données objectives et chiffrées à des considérations éthiques ou philosophiques. Les récentes connaissances acquises scientifiquement sur la sensibilité des animaux concourent à définir le bien-être des animaux comme une composante à part entière de la durabilité des systèmes d’élevage. Elles devraient servir de socles pour développer des pratiques d’élevage en résonnance avec le double point de vue, celui des animaux et celui des hommes qui sont à leurs contacts, qui reprend le nouveau concept de « un seul bien-être » initié en 2016 par l’OIE . L’approfondissement de ce nouveau concept devrait contribuer à concilier les points de vue et garantir l’acceptabilité sociétale de l’élevage. Une émotion se définit généralement au travers d’une composante subjective qui est l’expérience émotionnelle proprement dite, et de deux composantes expressives, l’une motrice et l’autre physiologique (Dantzer, 1989). La composante subjective est généralement estimée chez l’homme à partir de ses rapports verbaux. Chez l’animal comme chez les humains non verbaux, l’accès à l’expérience émotionnelle reste délicat du fait de l’absence de langage verbal, elle est inférée généralement à partir de composantes motrices et physiologiques. Pour pallier cette limite, l’éthologie s’est récemment inspirée des sciences humaines, notamment de la psychologie cognitive avec la volonté de renouveler les paradigmes et de passer de la simple description des comportements de l’animal à une compréhension de ses propres états affectifs (Désiré et al., 2002 ; Mendl et Paul, 2004 ; Boissy et al., 2007). La psychologie cognitive s’intéresse à la façon dont l’individu traite l’information pour la catégoriser sous forme de représentations mentales, la mémoriser et la restituer. Le champ de la psychologie cognitive ne se limite pas au traitement de l’information, il s’est élargi aux affects en capitalisant sur la dimension cognitive des processus affectifs. La mise en évidence des liens entre émotions et cognition chez l’homme (Lazarus, 1993 : l’émotion dépend de la manière dont l’individu évalue l’événement) et le caractère pragmatique des approches mises en œuvre ont permis de développer un nouveau cadre conceptuel en éthologie pour faciliter l’exploration expérimentale de l'univers affectif des animaux. Comme pour l’Homme, la sensibilité émotionnelle de l’animal dépend de processus cognitifs que l’animal utilise pour évaluer son monde environnant. Depuis les travaux pionniers de Mason, le stress n’est plus considéré comme un simple concept physiologique mais comme un concept psychobiologique : c’est la manière dont l’animal se représente la situation, et non la situation en tant que telle, qui va déterminer les réactions de stress de ce dernier. Par exemple, les expériences de Mason (1971) sur des singes à jeun montrent que ce n’est pas tant l’absence de nourriture mais plutôt la perception d’une privation qui est à l’origine du stress : l’animal qui peut exprimer un comportement alimentaire avec des substituts qui n’ont aucune valeur nutritive, n’exprime pas de frustration contrairement à celui qui ne dispose pas de substitut alimentaire. Il est désormais admis que l’animal ne fait pas que réagir aux sollicitations extérieures mais qu’il est capable d’évaluer la situation dans son ensemble, et son comportement est alors le reflet de la façon dont il perçoit et évalue la situation à laquelle il est confronté. Les théories de l’évaluation développées en psychologie cognitive par Scherer (2001) offrent alors un cadre conceptuel transposable à l’animal puisqu’il y est fait abstraction de la communication verbale et que les processus cognitifs impliqués pour réaliser cette évaluation restent élémentaires. Plus intéressant, ce processus d’évaluation repose sur un nombre restreint de critères élémentaires, à savoir les caractéristiques intrinsèques de l’événement (soudaineté, nouveauté et caractère agréable/désagréable), la pertinence de l’événement par rapport aux intentions de l’individu, la capacité pour ce dernier à contrôler l’événement et à tenir compte de normes caractérisant le groupe social d’appartenance. La nature même de l’émotion ressentie est déterminée par la combinaison des critères signifiants d’évaluation (Sander et al., 2005). Plusieurs travaux réalisés chez les ovins montrent que ces critères élémentaires sont également pertinents pour les animaux non humains (Boissy et al., 2017). Par exemple, des agneaux réagissent différemment à la soudaineté et à la nouveauté : des profils de réponses comportementales et neurovégétatives spécifiques à chacun de ces deux critères ont pu être définis (Désiré et al., 2004). En combinant les critères de soudaineté et de nouveauté, nous avons montré l’existence d’un effet synergique sur les réponses émotionnelles observées sur les animaux : l’accélération cardiaque spécifique à la soudaineté est accentuée dans le cas où l’événement soudain est également nouveau (Désiré et al., 2006). Les animaux sont également capables de processus d’évaluation plus complexes. Les réactions émotionnelles à un événement soudain sont atténuées lorsque l’animal peut prévoir l’apparition du même événement soudain (Greiveldinger et al., 2007). Les animaux sont également capables de construire des attentes. Ils réagissent si la situation ne répond pas à leurs propres attentes. Après avoir été entraînées à effectuer une tâche donnée pour obtenir une quantité donnée d’aliment, des agnelles expriment des comportements associés à de la frustration si la quantité d’aliment reçue est subitement divisée par quatre (Greiveldinger et al., 2011). De même, l’impossibilité de contrôler l’accès à l’aliment quand celui-ci est distribué de manière intermittente et aléatoirement, accentue les réponses comportementales des animaux (Greiveldinger et al., 2009). Enfin, les agnelles sont capables de moduler leurs réactions en fonction du contexte social : les réactions à la soudaineté sont moins marquées lorsque l’animal est en présence d’un dominant que lorsque l’animal est testé seul. Au contraire elles sont exacerbées lorsqu’il est en présence d’un dominé (Greiveldinger et al., 2013). Des postures d’oreilles spécifiques à des expériences émotionnelles particulières ont pu être définies sur le même principe que l’évaluation des expressions faciales chez l’homme (Boissy et al., 2011). Des résultats similaires ont été décrits chez d'autres animaux de ferme, tels que les porcs et les cailles, et également chez les animaux de laboratoire. Ainsi, une agitation comportementale généralement associée à une émotion positive, est observée lorsque l’animal a la possibilité d’anticiper un événement agréable ; c’est le cas des rats lorsqu’ils sont avertis d’un transfert vers une cage enrichie (van der Harst et al., 2003) ou des poules qui reçoivent un signal annonçant la distribution de vers de farine (Moe et al., 2013). L'anticipation d’une récompense est couramment représentée comme étant la phase appétitive ou « désirante » des émotions positives (Mendl et al., 2010). Le résultat de l’évaluation a donc un impact sur la valence de la stimulation, c’est à dire sur sa qualité agréable ou désagréable, et sur l’intensité de l’expérience émotionnelle vécue par l’animal, rejetant ainsi l’idée d’un déclenchement automatique des émotions chez les animaux. Tous ces processus cognitifs qui se retrouvent chez les animaux supposent que ces derniers ont une représentation fonctionnelle de ce qui leur arrive et de ce que leur action non encore engagée peut entrainer : les animaux peuvent ainsi faire des anticipations en tenant compte de leur expérience passée. Les études sur l’élaboration d’attentes montrent clairement que la réponse des animaux dépend non seulement de la valeur intrinsèque d'une récompense ou d’une punition, mais aussi de leur propre expérience vis-à-vis de cette récompense ou punition. Les réponses émotionnelles des animaux ne sont donc pas réductibles à de simples réflexes. Elles impliquent de la part des animaux un traitement cognitif de l’information aussi rapide soit-il. Ainsi, les animaux non humains ne sont pas seulement aptes à produire des réactions émotionnelles mais ils ressentent aussi des états émotionnels sous-tendus par un processus cognitifs d’évaluation comparable à celui étudié chez les humains. L’adaptation dans le cadre de l’éthologie de l’approche développée à l’origine en psychologie humaine a donc été une piste innovante pour décrypter l’expérience émotionnelle chez les animaux. La prise en compte des capacités d’évaluation de l’animal, combinée à l’étude de ses réactions comportementales et physiologiques, permettent d’explorer la richesse de son répertoire émotionnel. Sur la base des combinaisons de critères d’évaluation qui ont été identifiées chez l’homme pour générer des émotions spécifiques, il est possible d’avancer que les animaux sont en mesure de ressentir diverses émotions telles que la peur, la rage, le désespoir, l’ennui, voire le dégoût, mais aussi la joie ou encore le plaisir (Veissier et al., 2009). Les travaux résumés ci-dessus montrent qu’il est désormais possible d’accéder aux états affectifs des animaux non-humains. C’est en partant des connaissances des processus émotionnels acquises chez les humains que cette analyse des données psychobiologiques relatives aux émotions chez d’autres espèces animales a pu été développée. L’étude des liens émotions-cognition représente une approche innovante qui permet de mieux décrypter les émotions des animaux et de comprendre la genèse des états affectifs de bien-être. Ainsi comme le rappelle la définition proposée par l’ANSES (2018), c’est bien la manière dont l’animal perçoit son environnement qui conditionne son bien-être ou au contraire son mal-être. Evoquer des états affectifs chez les animaux n'implique pas pour autant que ces états soient strictement identiques à ceux décrits chez les humains. Aussi est-il nécessaire de poursuivre l’exploration scientifique des liens émotions-cognition pour définir plus précisément la nature même des états affectifs des animaux avec lesquels nous sommes en contact et dont nous nous devons de mieux respecter en revisitant les conditions dans lesquelles nous les élevons et nous les abattons.

Ces quelques éléments qui donnent un aperçu de la connaissance scientifique actuelle, devraient je l’espère répondre à certains des questions que les auteurs de l’avis publié par l’Académie d’Agriculture de France formulent.

Veuillez agréer, Monsieur le Secrétaire perpétuel, l'expression de mes sentiments distingués.

Alain Boissy, PhD Directeur de recherche INRA Directeur du Centre National de Référence pour le Bien-Etre Animal

Réaction au "Points de vue d'Académiciens" intitulé : "Bien-être animal : attention aux malentendus ! https://www.academie-agriculture.fr/publications/publications-academie/points-de-vue/bien-etre-animal-attention-aux-malentendus

Nathalie Picard, journaliste à Science & Vie, lauréate 2018 du prix de l'information scientifique de l'Académie

Le magazine Science & Vie se trouve actuellement dans une situation inquiétante, comme en atteste le communiqué ci-dessous.

La rédaction recherche un maximum de soutiens, notamment des "gens haut-placés dans le milieu de la recherche".

Pourriez-vous faire passer ce communiqué à des membres de votre Compagnie avec l’information suivante :

"Les personnes qui souhaiteraient soutenir Science & Vie (par exemple, en signant une pétition à venir ou en participant à une tribune) peuvent se faire connaître en écrivant à la Société des journalistes de Science & Vie : sdj.sev@yahoo.com ".

Merci d’avance,

Nathalie Picard, au nom de la Société des journalistes de Science & Vie

Pierre Le Neindre, Membre de l'Académie d'agriculture de France

Réaction au "Points de vue d'Académiciens" intitulé : "Bien-être animal : attention aux malentendus ! https://www.academie-agriculture.fr/publications/publications-academie/points-de-vue/bien-etre-animal-attention-aux-malentendus

Pierre Mormède, Vétérinaire, Directeur de recherche émérite Inra, membre de l'Académie vétérinaire de France

Réaction au "Points de vue d'Académiciens" intitulé : "Bien-être animal : attention aux malentendus ! https://www.academie-agriculture.fr/publications/publications-academie/points-de-vue/bien-etre-animal-attention-aux-malentendus

René Genet, Directeur de l'Anses

Réaction au "Points de vue d'Académiciens" intitulé : "Bien-être animal : attention aux malentendus ! https://www.academie-agriculture.fr/publications/publications-academie/points-de-vue/bien-etre-animal-attention-aux-malentendus

Xavier Boivin, Chargé de recherche à l’INRA

Monsieur le Secrétaire perpétuel, Mesdames et messieurs les académiciens,

Bonjour, Je m’appelle Xavier Boivin. Je suis chercheur à l’INRA, éthologiste, travaillant sur la construction des relations homme-herbivores d’élevage et mes recherches contribuent à ce que j’appelle les pratiques relationnelles de l’éleveur envers ses animaux. Je suis aussi expert pour l’Anses et j’ai appartenu au GT BEA qui a produit la définition du bien-être animal ainsi notamment qu’à l’expertise sur les matériaux manipulables en élevage porcin. J’ai aussi contribué à l’expertise collective INRA sur la conscience animale. LE DÉBAT SUR LA PLACE DE L’ANIMAL DANS NOTRE SOCIÉTÉ, EN PARTICULIER L’ANIMAL D’ÉLEVAGE EST OMNIPRÉSENT SUR LA SCÈNE MÉDIATIQUE. AUSSI, J’ai lu avec un grand intérêt le texte présentés dans le « POINT DE VUE D’ACADÉMICIENS SUR LE « BIEN-ÊTRE ANIMAL » ; ATTENTION AUX MALENTENDUS. » _par Barbara Dufour, Jeanne Grosclaude, Gilbert Jolivet et Gérard Maisse, Membres de l'Académie d'Agriculture de France._

A TITRE PERSONNEL, J’AI VOULU CONTRIBUER À VOTRE DÉBAT PAR CE PRÉSENT COURRIER. JE REGRETTE QUE VOTRE SESSION DE DISCUSSION N’AIT PAS ÉTÉ PUBLIQUE CAR J’AURAI AIMÉ M’ENRICHIR DE VOS ÉCHANGES.Veuillez trouver ci-joint mes commentaires sur certains éléments

Le texte de l’académie d’agriculture écrit : « _Mais en élevage cette « attente » des animaux n'est-elle pas le fruit, d'une part, du travail de domestication et de sélection fait depuis le néolithique et, d'autre part, du phénomène d'apprentissage chez les animaux nés en élevage ? La plupart des animaux d'élevage, bovins, ovins, caprins, équins, gallinacés, palmipèdes, salmonidés, etc. sont devenus, au cours des siècles voire des millénaires, génétiquement très éloignés de leurs ancêtres, qui parfois ont disparu. Une conséquence fondamentale est que le bien-être des animaux d'élevage doit être perçu en considérant le mode et le type d'élevage actuels et non pas à travers une référence à un état sauvage imaginé, parfois disparu, étranger à ces animaux sélectionnés. »_

Cette conception des attentes des animaux en relation avec la domestication, la sélection et un « phénomène d’apprentissage », de même que la référence à la nature mérite effectivement d’être discutée. Le « travail de domestication » n’est pas défini ici en termes de mécanismes, ni même les objectifs de domestication, ni même encore n’est défini ce qu’on entend par apprentissage.

En apparence, cette conception que prend le texte de l’académie semble correspondre à la définition donnée par Price (1999) comme un processus continuel de modifications d’une population par sélection génétique et de changements individuels se reproduisant à chaque génération. Mais on peut y voir également une divergence très importante : L’adaptation des populations en cours de domestication n’est pas complètement contrôlée par l’homme même si elle est provoquée, parfois non consciemment ou involontairement, par des contraintes imposées par l’homme.

Elle provient de mécanismes très divers.

1- Il existe obligatoirement une dérive génétique, des phénomènes de co-sélection génique, qui ne sont pas contrôlés par l’homme du fait de l’existence de différentes populations (races) domestiquées simultanément et génétiquement séparées. De nombreux caractères peuvent aussi ne pas s’exprimer dans un contexte et rester ainsi « cachés » à la sélection.

2- Les caractères sont souvent polygéniques rendant la plupart du temps la sélection d’un caractère longue et complexe. Les objectifs de sélection sont souvent multiples, contradictoires en fonction de la diversité des systèmes d’élevage. Le processus de domestication ne se réalise donc pas sur tous les traits phénotypiques simultanément et de la même façon dans les différentes populations en cours de domestication.

3- Les résultats de la sélection sont soumis fortement à l’interaction entre le génotype et l’environnement. De plus, ces changements peuvent être le fruit de modifications épigénétiques. Les travaux démontrant ce caractère épigénétique sont désormais nombreux.

Pour illustrer ces propos, allons d’abord chercher un exemple chez les rongeurs de laboratoire. Pour des besoins de recherche, les rats sont devenus standards, homozygotes, vivant dans des milieux contrôlés (cage standard), où lumière, température, alimentation peuvent être identiques dans le monde entier. Dans ce projet ratlife (ratlife.org) de l’université d’Oxford, les chercheurs ont observé des rats de différentes races, au sens de populations différenciées, utilisés en laboratoire dans un milieu beaucoup plus riche, soumis à un environnement diversifié, une alimentation variée et inconnue, la présence de prédateur potentiel… Dans ces conditions es animaux ont montré des comportements très peu explicables par un unique processus de sélection humaine ou d’apprentissage et qui se sont avérés finalement assez semblable à ceux de populations sauvages.

Si nous revenons aux animaux domestiques, les porcs expriment des comportements de recherche alimentaire quand ils sont élevés sur paille. Malgré des générations de domestication, ils montrent une attraction forte pour des matériaux manipulables quand ils sont élevés sur caillebotis et développent des stéréotypies en l’absence de matériaux manipulables (voir le Rapport de l’Anses sur les matériaux manipulables en élevage porcin).

De même, la variabilité individuelle et son origine génétique peuvent se révéler dans un contexte de moindre proximité avec l’homme et certains animaux peuvent ne pas supporter la présence humaine malgré des millénaires de « domestication » alors que d’autres peuvent être beaucoup plus faciles (ex Boivin et al, 1994, Le Neindre et al, 1996, Venot 2015).

A mon avis et compte-tenu de ce qui est dit ci-dessus, on se doit donc, quand on s’intéresse aux conditions de vie des animaux qui sont sous notre responsabilité, de se préoccuper de leurs prédispositions, qu’elles soient effectivement génétiques, épigénétiques ou construites du fait de leur expérience de vie individuelle. Leur histoire de population est importante à prendre en compte, autant dans leur passé sauvage que sous l’influence humaine. En accord avec l’opinion de l’académie, leur passé sauvage n’est pas une référence absolue, ni même imaginée. Par contre, l’observation des comportements sauvages est bien une source d’hypothèse et d’inspiration pour bien répondre à leurs besoins et leurs attentes.

Le texte de l’académie écrit aussi : « _Tous les systèmes d’élevage, tous les compagnonnages autres entre humains et animaux (animaux de travail, de loisir, de compagnie), sont issus de la capacité des hommes à exploiter les espèces animales pour les adapter à ses propres besoins, notamment par l’amélioration génétique au cours des siècles de sélection. Il s’agit donc bien d’une relation hiérarchisée entre éleveur et animaux élevés, constitutivement fondée sur une relation de confiance entre homme et animaux, socle de la bientraitance_».

Certains auteurs, dont je fais partie, considèrent que nous n’avons domestiqué que les animaux qui avaient des prédispositions à pouvoir l’être. Ces populations animales ont ainsi pu conquérir une nouvelle niche écologique : la niche humaine avec ses pressions de sélection spécifiques. Cela a favorisé leur succès reproducteur et leur développement. Sous cette conception, la domestication devient alors un processus qui n’est pas totalement unilatéral comme le texte le sous-entend peut-être de façon réductrice. La dernière phrase parle de « relation de confiance entre éleveur et animaux », nécessaire à la bientraitance. J’y souscris car elle positionne l’animal comme un partenaire de la relation. Si l’animal refuse la présence de l’homme comme certains bovins peuvent le faire, alors l’homme et l’animal ne peuvent pas cohabiter. J’y souscris aussi car « avoir confiance » signifie que les interactions deviennent prévisibles et positives pour chacun des deux partenaires de la relation et qu’on attribue de fait des états mentaux aux animaux. Chacun avec ses caractéristiques propres a une représentation fonctionnelle de l’autre partenaire. Pourtant les auteurs sont très surpris par l’utilisation du terme « attente » et « positif » dans la définition de l’ANSES. Cette apparente contradiction entre le début du texte qui critique la notion d’attente et la fin de leurs propos m’interroge.

Pour aller plus loin, un lecteur intéressé peut retrouver ces idées dans un chapitre d’un ouvrage que j’ai écrit (chapitre 15) et qui vient de sortir : Animal Welfare in a changing world. Edité par E. Butterworth. CAB International 2018.

Soyez assurés, Monsieur le Secrétaire perpétuel, Mesdames et Messieurs les académiciens, de toute ma considération.

Xavier Boivin, Docteur en éthologie URMH, INRA Chargé de recherche à l’INRA Responsable de l’équipe Comportement animal, Robustesse et approche intégrée du Bien-Etre

Réaction au "Points de vue d'Académiciens" intitulé : "Bien-être animal : attention aux malentendus ! https://www.academie-agriculture.fr/publications/publications-academie/points-de-vue/bien-etre-animal-attention-aux-malentendus

Jean-Luc Guichet, Maître de conférences en philosophie habilité à diriger des recherches, Université de Picardie Jules Verne

Monsieur le Secrétaire perpétuel, Mesdames et Messieurs les Académiciens,

L’avis du Groupe ANSES de travail BEA – à laquelle j’ai personnellement contribué - a suscité une réaction d’inquiétude de la part de nombre de membres de l’Académie d’Agriculture. Dans le souci d’y répondre, il me semble possible d’avancer quelques éléments qui, bien entendu, n’engagent aucunement ni l’ANSES ni même les autres membres du groupe.

Pour aller droit à ce m’apparaît être philosophiquement le coeur du propos des Académiciens, à savoir la différence entre les humains et les animaux, je dois dire que je comprends fort bien cette inquiétude et que même, d’une certaine manière, je la partage moi-même. Personnellement, je ne pense pas en effet que l’on puisse plonger l’ensemble des espèces vivantes dans une sorte d’équivalence généralisée. Il me semble au contraire que le travail central et précieux de la pensée est d’abord de différencier. Cependant, il faut relever que différencier ne signifie pas séparer et que cela n’empêche nullement les continuités. Que l’on puisse parler de différence entre l’homme et les autres espèces vivantes m’apparaît donc tout à fait clair, quand bien même cependant la nature et l’importance de cette différence elle-même sont fort loin d’être évidentes à fixer. Une grande partie de mes travaux personnels de recherche a d’ailleurs tourné autour de cette question depuis de nombreuses années.

En quoi cependant cette différence serait-elle remise en question voire menacée par l’avis du groupe bien-être animal de l’ANSES ?

L’argumentation du texte des académiciens pointe dans cet avis deux angles sous lesquels cette différence serait fondamentalement remise en cause : l’acceptation d’une « conscience animale », d’une part, et le vocabulaire anthropomorphique utilisé, d’autre part. Je me permets de passer sur l’idée d’une « conscience morale » chez les animaux qui est imputée au texte de la part des académiciens (dans leur 4e et dernière partie intitulée « Des interrogations pour l’avenir de l’élevage ») alors que cette expression n’y a jamais été employée. L’accès à des valeurs morales posées comme principes de la volonté et de l’action semblerait en effet pour le coup hautement anthropomorphique et manifester une incompréhension de la véritable idée de morale. Pour ce qui est d’abord de l’affirmation d’une « conscience animale », il ne s’agit pas d’aligner les autres espèces vivantes sur celle des humains mais seulement de faire état de manifestations témoignant d’un vécu subjectif, d’une expérience phénoménale et individualisée du monde, manifestations observables dans le comportement de nombreuses espèces animales. Cette expérience n’est pas pour autant identique à la conscience de soi humaine. Celle-ci met en oeuvre des capacités, sans commune mesure avec celles observées chez les animaux, de saisie réflexive de soi, de conceptualisation et d’abstraction, et de définition précisément de valeurs morales irréductibles à des déterminants biologiques. Cette dimension subjective est certes indémontrable en elle-même puisque, comme le soulignait déjà Descartes, nous ne pouvons « entrer » dans l’intériorité psychique d’un animal s’il en est une, comme c’est d’ailleurs, selon lui, également le cas pour les autres sujets humains avec lequel nous ne pouvons jamais communiquer que par des signes. L’expression de cette dimension de subjectivité s’est cependant révélée au fil des avancées de la recherche, en particulier en éthologie, en sciences cognitives et en sciences neuronales, de plus et plus manifeste et reconnue par la communauté scientifique. Il ne s’agit pas par là non plus de mettre en équivalence cette dimension d’expérience psychique chez toutes les espèces vivantes, ce qui serait encore revenir à une indifférenciation déjà dénoncée. Tirer argument de l’impossibilité d’une « preuve » et d’une mesure quantitative de cette dimension subjective qui, par essence, n’en est pas susceptible, afin de pouvoir au final tout bonnement la rejeter en sous-estimant ses diverses expressions ne semble donc pas intellectuellement suffisamment rigoureux.

En second lieu, l’incrimination d’anthropomorphisme à l’égard du vocabulaire utilisé apparaît comme un faux procès, sauf à retomber dans les circonlocutions des behavioristes qui s’interdisaient tout vocable évocateur d’une quelconque intériorité et qui s’astreignaient artificiellement à tout formuler en termes de comportements observables. En effet, nous ne disposons pas en la matière d’une autre terminologie – du moins si on la veut compréhensible par tous - que celle offerte par le langage courant. User du terme de conscience pour les espèces animales considérées ne prête pas à équivoque si, comme nous l’avons constamment fait, nous prenons en même temps la précaution de préciser que ce n’est pas pour autant une conscience du type de celle que nous éprouvons en nousmêmes, mais d’un autre type, hypothétique, qui resterait à déterminer de façon plus précise. Il en est de même pour les termes d’« attente », « motivation », « préférence » etc. qui ont également fait l’objet de prudentes définitions.

Faire état des avancées de la recherche scientifique dans le domaine et en tirer les conclusions les plus rigoureuses, tel a ainsi été le seul principe ayant réglé ce travail. L’argument d’intention qui soupçonnerait un positionnement caché en faveur d’options « animalistes » ou autres est donc sans fondement. L’esprit de l’avis en effet n’est pas de se positionner métaphysiquement pour ou contre la différence entre les humains et les animaux qui n’est pas du ressort du groupe d’experts. Il semble en revanche que ne pas prendre la pleine mesure de ces avancées s’avère à terme tout au fait contre-productif et que seule une intégration de ces nouvelles moissons scientifiques peut donner suffisamment force et crédit à la réflexion sur ces questions.

L’avenir des éleveurs invoqué par ailleurs est un objet de préoccupation légitime et partagé mais dont le souci conduit précisément à intégrer ces évolutions qui ne sont pas seulement scientifiques et théoriques mais également sociétales et qu’une véritable politique d’accompagnement des éleveurs ne peut sous-estimer.

Je me permets d’espérer que ces rapides et peut-être insuffisants éclaircissements auront pu contribuer à répondre à l’inquiétude des Académiciens et à dissiper ce qu’ils ont eux-mêmes dans leur texte qualifié de « malentendu ». Je me tiens par ailleurs à leur disposition pour, s’ils le souhaitent, prolonger cet échange.

Avec l’assurance de mes sentiments les plus respectueux,

Jean-Luc Guichet Maître de conférences en philosophie habilité à diriger des recherches Université de Picardie Jules Verne

Réaction au "Points de vue d'académiciens" intitulé : Bien-être animal : attention aux malentendus ! https://www.academie-agriculture.fr/publications/publications-academie/points-de-vue/bien-etre-animal-attention-aux-malentendus

Arnaud Indiana

Bonjour,

Suite à votre demande sur twitter, je vous transmets les arguments par mail.

Après lecture de la proposition de l’Anses  et de votre réponse à cette proposition, je me permets de vous faire quelques remarques en toute bienveillance en ce qui concerne les arguments que vous utilisez.

Il semble que vous ayez oublié beaucoup de points dans votre "Point de vue d'académiciens...". Exemple : avant "est encore difficile à cerner en pratique" il y a "bien caractérisée en psychologie expérimentale". Le fait que l’attente soit bien caractérisée en psychologie expérimentale suffit pour l’intégrer dans la proposition de définition. Il ne reste plus qu’à trouver des techniques pour la cerner en pratique. Votre phrase induit donc le lecteur en erreur et l’incite à penser qu’il n’y a pas vraiment de bases scientifiques à l’attente.

Il semble aussi que vous oubliiez que le travail de l'Anses est soutenu par nombre de publications scientifiques en biologie/éthologie/psychologie(…). Elles citées dans leur proposition. Dans votre réponse, vous ne faites que donner un avis non étayé par la science ou au moins par des citations de publications scientifiques soumises à comité de lecture. Il faut aussi rappeler que l'expérience personnelle n'a pas de valeur d'un point de vue scientifique. Pour reformuler, un avis non étayé par la science n’a pas de valeur face aux faits actuels vérifiés par la méthode scientifique. Par exemple, vous parlez d'anthropomorphisme et de détournement d'une sémantique utilisée pour les humains sur les animaux. Mais dès lors que cette sémantique est justifiée par les travaux scientifiques cités par l'Anses, je ne vois pas de problème à l'utilisation de ces mots sur les animaux non-humains.

Dans les deux articles, la distinction entre homme et animal est toujours faite. Or cela n'a aucun sens étant donné que l’homme est un animal, s’il faut le rappeler. Pour ne pas tromper ceux qui ne le savent pas, je propose d’utiliser « animaux humains » et « animaux non humains » respectivement à la place de hommes et animaux. Je pense que pour un temps cela pourrait contribuer dans le futur à ce que le grand public ne mette pas de frontière arbitraire entre une espèce d’animaux (animaux humains) et les autres espèces d’animaux (animaux non humains).

Vous dites "ne permet pas de conclure à l'existence d'une conscience morale chez les animaux". Sauf erreur de ma part, à aucun moment l'article de l'Anses ne parle de conscience morale et par conséquent ne conclut cela.

Dans l’attente de vous lire.

Cordialement,

Arnaud Indiana

Réaction au "Points de vue d'académiciens" intitulé : Bien-être animal : attention aux malentendus ! https://www.academie-agriculture.fr/publications/publications-academie/points-de-vue/bien-etre-animal-attention-aux-malentendus

David Lindsay, Emeritus Professor of Agriculture in Australia

Monsieur le Secrétaire perpétuel,

Mesdames et messieurs les académiciens,

J’ai lu avec un intérêt perplexe le point de vue de quatre membres de l’académie d’agriculture française sur la question du bien-être animal[1].

Un point central a retenu mon attention concernant le fait que pour analyser le bien-être des animaux le point vue considère comme une erreur de prendre des mots utilisés habituellement pour analyser la psychologie humaine. Il est écrit que cet emprunt contribue à « Considérer l’homme et les animaux sur un même plan notamment par un vocabulaire communément utilisé avec une signification particulière chez l’homme, construit un continuum animaux-homme dangereux pour l’exercice même du métier d’éleveur… ». « Son avis et sa perception manquent dans l’avis de l’ANSES, dont l’anthropomorphisme sous-jacent posera inévitablement problème aux éleveurs… ».

Je ne parlerais pas ici de la confusion entre des champs différents, tels que définis pas Bourdieu. Il y a ici à mon avis confusion entre le champ scientifique, et dans ce cas les sciences cognitives, et le champ économique.

Le point de vue semble également basé sur des sous-entendus et sur des procès d’intention non explicités qui ne seront pas repris ici plus avant.

Mon interrogation porte sur le fait que le point de vue pose de façon centrale l’absence de légitimité de l’origine des hypothèses qui sont mises à l’épreuve.

Depuis plusieurs années, je donne des cours sur la rédaction scientifique auprès de scientifiques ou de futurs scientifiques dans différentes parties du monde. J’ai d’ailleurs explicité mes principaux messages dans un ouvrage, traduit en français[2].

L’hypothèse est un principe central de l’expérimentation scientifique. Elle est une attente du résultat d’une expérience basée sur toutes les informations connus et acceptables disponibles avant que l’expérimentation soit mise en œuvre. La valeur de l’hypothèse de la méthode scientifique est qu’elle assure de mettre en œuvre des expérimentations basées sur celles qui ont précédées plutôt que de répéter les mêmes travaux afin de générer de nouveaux résultats. Sa valeur n’est pas modifiée par les données dont elle est issue. Si les données disponibles dans la littérature sont abondantes et scientifiquement valides les résultats acquis en testant l’hypothèse renforcent les connaissances. Alternativement, si les connaissances préexistantes sont rares ou faibles la validation de l’hypothèse constitue la conclusion de ce qui peut être attendu et une expérimentation solide pour la tester permet d’obtenir une connaissance nouvelle et plus acceptable que ce qui existait avant cette expérimentation. Les éléments pertinents concernant l’hypothèse est donc qu’elle soit testable et basé sur les expériences acquises sans poser de condition sur sa validité en dehors de la référence à l’acquis. L’origine de l’hypothèse n’est pas l’élément pertinent. A. Damasio a d’ailleurs écrit un livre intitulé « l’erreur de Descartes »[3] où il met en avant le caractère souvent intuitif et émotionnel qui conduit le scientifique à formuler une hypothèse.

Il me semble donc, contrairement à ce qui est avancé dans le point de vue en question, que des hypothèses issues de résultats acquis sur les humains sont légitimes.

Je me tiens à votre disposition pour toute demande éventuelle d’éclaircissement.

Cordialement, David Lindsay Emeritus Professor of Agriculture Honorary Senior Research Fellow The University of Western Australia

Réaction au "Points de vue d'Académiciens" intitulé : "Bien-être animal : attention aux malentendus ! https://www.academie-agriculture.fr/publications/publications-academie/points-de-vue/bien-etre-animal-attention-aux-malentendus