Résumé
Quels sont les déterminants tendanciels du revenu agricole en France ? (seconde partie)T
De 1960 à 2009, l'agriculture française a réalisé des gains de productivité impressionnants. La production moyenne par actif familial, à intrants constants, doublait tous les 11 ans grâce à la modernisation et à l'agrandissement des exploitations.
Cependant, une grande partie de ces gains a été transférée à ses partenaires situés en aval de la filière, principalement par des baisses des prix relatifs des produits, particulièrement à partir de 1973. En conséquence, le revenu de l’agriculteur français n’a pas évolué comme il aurait logiquement pu s'y attendre compte tenu de ses efforts productifs. La progression constatée du revenu agricole n’a été que de 1,12 % par an.
De 2010 à 2023, les gains de productivité ont joué un rôle bien plus modeste dans l’évolution du revenu agricole, avec un rythme tendanciel de seulement 1,13 %. Ce fort ralentissement de la productivité s'expliquerait par plusieurs facteurs, notamment des difficultés structurelles dans certaines filières, une saturation des rendements, des contraintes financières et humaines pour adopter les nouvelles technologies, ainsi que des changements fréquents des politiques agricoles et des cadres réglementaires, notamment environnementaux. Le vieillissement et le faible renouvellement de la population active agricole figurent également parmi les causes de cette stagnation.
Simultanément, l'inversion des évolutions des prix réels en faveur des produits alimentaires (+2,78 %) remet en question les conclusions précédentes sur les gagnants et les perdants des gains de productivité agricole. Les clients, autrefois principaux bénéficiaires, deviennent désormais des contributeurs aux ressources à partager. Parallèlement, les exploitants, qui bénéficiaient peu des gains de productivité dans le passé, apparaissent désormais comme les principaux gagnants. En conséquence, le revenu agricole par actif familial a augmenté plus vite que la productivité globale (+5,63 % contre +1,13 %).
Abstract
What are the underlying determinants of agricultural income in France? (Part Two)
From 1960 to 2009, French agriculture achieved impressive productivity gains. Average production per family worker, with constant inputs, doubled every 11 years thanks to farm modernization and expansion.
However, a large portion of these gains was transferred to partners downstream in the sector, primarily through declines in relative product prices, particularly since 1973. As a result, the income of French farmers did not evolve as would logically be expected, given their productive efforts. The observed increase in agricultural income was only 1.12% per year.
From 2010 to 2023, productivity gains played a much more modest role in the evolution of agricultural income, with a trend rate of only 1.13%. This sharp slowdown in productivity can be explained by several factors, including structural difficulties in certain sectors, yield saturation, financial and human constraints to adopting new technologies, as well as frequent changes in agricultural policies and regulatory frameworks, particularly environmental ones. The aging and low renewal of the agricultural labor force are also among the causes of this stagnation.
At the same time, the reversal of real price trends in favor of food products (+2.78%) calls into question previous conclusions about the winners and losers of agricultural productivity gains. Customers, once the main beneficiaries, are now becoming contributors to the resources to be shared. At the same time, farmers, who benefited little from productivity gains in the past, now appear to be the main winners. As a result, agricultural income per family worker increased faster than overall productivity (+5.63% versus +1.13%).